EXPOSITION : Chacun sa route ! VISITER RETOUR

Chacun sa route !

Chacun sa route !

Creuser, défricher, construire des routes, des ponts, des villes : de tout temps, les hommes n'ont cessé d'explorer les possibilités d'aménagement de leur territoire. À travers une sélection de 30 objets issus de fouilles préventives menées par l'Inrap en Bretagne autour de Corseul (Côtes d'Armor) et de collections anciennes, cette exposition vous propose un focus sur la voie romaine, vecteur essentiel de la vie économique des territoires durant l'Antiquité.

À cette époque, un vaste réseau routier est mis en place à l'échelle de l'Empire romain. Connecté à des voies fluviales et maritimes, il favorise échanges et commerce et permet la diffusion de modes et pratiques culturelles.

© Arthur Bonifay, Travaux pratiques / Inrap

Corseul,

une cité dans l'Empire romain

Corseul,

une cité dans l'Empire romain

Corseul, aujourd'hui simple bourg des Côtes-d'Armor, était dans l'Antiquité une ville importante, le chef-lieu de la cité des Coriosolites !

Après la conquête de la Gaule par les légions de César en 52 av. J.C., le territoire des Coriosolites perd son indépendance et est rattachée à l'Empire romain. La ville de Corseul (Fanum Martis) est alors créée, en même temps que se développe un vaste réseau routier à l'échelle de l'Empire, composé de routes d'importances variables.

Les voies principales jouent avant tout un rôle militaire : elles permettent le déplacement rapide des légions en cas de troubles. Elles servent aussi de liaisons administratives, supportant notamment l'acheminement du courrier de la poste impériale. Grâce à ces voies, Corseul est reliée aux autres capitales administratives d'Armorique : Vannes (Darioritum), Carhaix (Vorgium), Rennes (Condate), ainsi qu'à d'autres villes majeures comme Avranches (Legedia).

Les routes secondaires, parfois de simples chemins de terre, permettent de desservir les campagnes et de relier les agglomérations secondaires, ports et grands domaines agricoles, favorisant les échanges commerciaux locaux.

Ce maillage terrestre est connecté aux voies d'eau utilisées pour l'importation de produits lointains, comme le vin ou l'huile d'Espagne.

© Wikipédia

La table de Peutinger

La table de Peutinger

La table de Peutinger est une copie du XIIIe siècle d'une ancienne carte romaine, sur laquelle figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain, ainsi que certains points d'intérêt : phares, sanctuaires, etc.

Schématique, cette représentation cartographique du réseau routier (200 000 km !) indique les distances entre les stations et permet d'organiser son itinéraire.

Corseul (ou peut-être son sanctuaire ?) figure sur cette carte sous le nom Fanomartis.

Illustration : d'après Desjardins, 1869

Voyager sous la protection des dieux

Voyager sous la protection des dieux

Les amulettes et autres objets de protection font partie de la vie courante dans l'Antiquité romaine. En Gaule, les divinités connaissent de nombreuses variantes régionales dont les origines sont bien antérieures à la Conquête. Elles sont parfois associées aux dieux principaux du panthéon romain, comme Mercure, qui à lui seul peut protéger, secourir, porter chance ou inspirer les habitants de Gaule romaine en bien des occasions : le voyage, le commerce, la prospérité ou encore l'activité artisanale. Des animaux tels que le coq et le bouc lui sont rattachés.

Illustration : dessin noir et blanc du laraire
© Benoît Clarys

À pied, à cheval ou en chariot…

À pied, à cheval ou en chariot…

Les Romains ont développé une grande variété de véhicules pour voyager ou faire du commerce. Les déplacements se font à pied, à cheval ou grâce à des attelages. Le courrier impérial est acheminé par des cavaliers pouvant parcourir près de 80 km par jour. Des véhicules légers à deux roues servent au transport rapide de deux personnes au maximum. Des chars à bancs à quatre roues transportent plusieurs passagers assis dos à dos. Ces attelages sont tirés par des chevaux, des ânes, voire des bœufs pour les charrois de marchandises les plus lourdes.

Illustration : Marché de Condate
© Olivier-Marc Nadel

Exemple d'attelage

Exemple d'attelage

Des représentations peintes et sculptées rendent compte de la diversité des modes de déplacement.

© Musée de Strasbourg

Des relais routiers et des auberges pour faire étape

Des relais routiers et des auberges pour faire étape

Dans l'Antiquité romaine, des stations jalonnent les axes routiers. Distantes de 10 à 15 kilomètres, elles permettent le repos des voyageurs et de leurs montures, ainsi que l'entretien des véhicules lors de grands déplacements.Certaines stations sont de simples relais routiers permettant de faire une pause. Les mieux équipées permettent de passer la nuit. On y trouve une auberge pour le gîte et le couvert, un service d'écuries pour le repos des montures, un maréchal-ferrant, voire un charron chargé de l'entretien des véhicules et même parfois des bains ou un temple !

Illustration : Auberge de Bordeaux 
© Bassilis Kaffetzakis

Plan de l'auberge de Corseul

Plan de l'auberge de Corseul

À Corseul, sur le site du Val de Gravel, les archéologues de l'Inrap ont mis au jour les vestiges d'une auberge à l'entrée sud de la ville, à l'intersection de la voie Corseul-Vannes et d'un decumanus (rue orientée est-ouest). Cet édifice est constitué d'un ensemble d'espaces et d'aménagements dédiés à l'accueil des voyageurs, mais également à la prise en charge de leurs montures et de leurs véhicules : des pièces de service, une possible pièce de réception chauffée par le sol, une écurie, un abreuvoir, une entrée charretière, une aire de manœuvre ainsi qu'une vaste cour fermée. Les nombreux mobiliers mis au jour (fragments de vaisselle de table et d'amphores à vin, pièces de monnaie, éléments de harnachement…) indiquent que l'auberge a été en service entre les années 60 et 150 ap. J.C.

© Equipe Inrap

Échanges et commerce

Échanges et commerce

L'existence d'un vaste réseau routier a sans aucun doute favorisé le transit de nombreuses matières premières à travers l'Empire romain. Ainsi, les archéologues mettent souvent en évidence des importations de marbres, de lingots de verre destinés aux verriers locaux pour la fabrication de récipients et de vitres, ou encore de l'alun utilisé par les teinturiers et les artisans du cuir.

De même, le réseau a permis la circulation de biens de consommation très variés. Certains sont échangés entre régions proches, comme les céramiques de cuisine, les céréales ou les produits de maraîchage. D'autres sont acheminés sur de longues distances, par exemple la vaisselle de table en sigillée, les amphores servant à transporter du vin, de l'huile, des condiments ou certains objets luxueux fabriqués en Italie et transportés jusqu'à Corseul. Ces échanges au long cours dessinent des voies commerciales que les archéologues parviennent à cartographier.

Illustration : Marché d'Avenches
© Benoît Clarys

Chacun sa route !

Chacun sa route !

La plupart des objets ont été exposés dans le cadre de « Chacun sa route ! Archéologie de l'aménagement du territoire », une exposition conçue autour d'une Archéocapsule de l'Inrap et présentée à Coriosolis – Centre d'interprétation du Patrimoine (Dinan Agglomération) du 1er août au 31 octobre 2020.

Exposition numérique réalisée par l'Inrap en 2021.
Stéphanie Hurtin, gestionnaire des collections archéologiques
Sandrine Lalain, chargée du développement culturel et de la communication
Camille Lavenu, chargée du développement culturel et de la communication

Référents scientifiques Inrap :
Romuald Ferrette, archéologue
Gilles Leroux, archéologue
Nicolas Ménez, archéologue
Richard Delage, céramologue
Gaétan Le Cloirec, archéologue
Françoise Labaune-Jean, céramologue
Pauline Petit, spécialiste mobilier - instrumentum
Stéphanie Raux, spécialiste mobilier - instrumentum
Laure Simon, céramologue

Remerciements :
Emmanuelle Collado, Inrap
Matthieu Giffrain et Roxane Meylan, Dinan Agglomération
Manon Six, musée de Bretagne
Direction Régionale des Affaires Culturelles de Bretagne, Service Régional de l'Archéologie
Dinan Agglomération et Coriosolis, centre d'interprétation du Patrimoine
Musée de Bretagne
Laurent Pelletier, chargé de gestion et de conservation des collections archéologiques, Inrap-direction scientifique et technique, chef du projet Galerie Muséale Inrap